dimanche 20 janvier 2013

Une visite aux AML

Un grand jour, ce mardi 15 janvier 2013 !
Malgré la neige qui s'est abattue sur la Belgique, nous rendons visite aux Archives et Musée de La Littérature.
Au programme : un exposé de Monsieur Fabrice Vandekerkhove à propos de Pelléas et Mélisande, une exposition sur "Trois Centenaires, trois Mythes" (Oedipe et Henri Bauchau, Anvers et Paul Willems, Bruegel et Dominique Rollin), et l'après-midi, à la Wittockiana, une remarquable exposition sur les "Lettres du Désir".
Nous reviendrons prochainement sur cette journée exceptionnelle au cours de laquelle nous avons notamment eu le privilège de consulter les carnets 1891 et 1892 du seul prix Nobel belge de Littérature, Maurice Maeterlinck.
Déjà, voici l'album de photos.
















































































mardi 18 décembre 2012

« Pelléas et Mélisande » de Maurice Maeterlinck, par Doriana Turco


L'auteur

Maurice Maeterlinck est né en 1862 à Gand. Il faisait partie de la bourgeoisie flamande, il parlait donc français couramment. C’était un catholique qui s'intéressait au mysticisme. Il a entamé des études de droit en suivant Verhaeren qui a sept ans de plus que lui et avec qui il va créer un groupe de littérature : « La jeune Belgique ». Le symbolisme français le marqua énormément. Lors d'un voyage à Paris, il rencontre le prince du symbolisme (Mallarmé) qui l'influencera. Le romantisme allemand est aussi très important dans ses œuvres. La princesse Maleine connaît un grand succès à Paris en 1890, dès lors il devient un auteur célèbre. En 1911, il sera le seul auteur belge à recevoir le prix Nobel de la littérature.
Il a écrit Pelléas et Mélisande en 1892. En 1902, Claude Debussy tire de cette pièce un opéra.

Les noms des personnages.

Les noms des personnages n'ont pas été choisis par hasard et ils ont tous une histoire ou une étymologie différente. Geneviève et Golaud viennent sans doute d'un conte, celui de Geneviève de Brabant. « Geneviève a épousé un prince, nommé Siffroi, qui partit à la guerre. Elle est enceinte et ne le lui dit pas ; entre temps, Golo, l'intendant du prince, essaie de séduire Geneviève mais n'y parvient pas. Jaloux, il écrit à Siffroi que Geneviève a eu une aventure et qu'elle attend un enfant de cet adultère. Siffroi est très en colère et veut tuer Geneviève et le nouveau-né en les envoyant dans la forêt avec des chasseurs qui devront les tuer. Mais les chasseurs les laisseront en vie. Une biche s'occupera d'eux jusqu'au jour où Siffroi retrouve Geneviève et son enfant. Elle raconte la vérité à Siffroi qui la croira et se vengera. »
Arkel prend son nom du mot « ark » qui signifie vieux et roi à la fois. Nous remarquons aussi que la syllabe « el », qui est une syllabe liquide, revient dans Pelléas et Mélisande. Nous avons l'impression que ces personnages sont faits pour s'entendre.
Mélisande a les syllabes « mél » comme mélodie donc le chant, « méli » pour miel et « sande » pour le sable. Tous ces éléments soulignent surtout sa blondeur, le sable peut aussi signifier le temps qui s'écoule. Le miel a un côté positif et négatif, il est doux mais il peut être trop sucré et écœurant. C'est une opposition comme il y en a beaucoup dans la pièce.
Yniold a le « ol » et le « d » de Golaud. Cela montre un lien entre eux.
Allemonde veut sûrement dire « tout le monde » avec le « alle » du début. Donc nous pouvons penser que cette histoire peut arriver à tout le monde.

Les thèmes

Il y plusieurs thèmes présents dans ce spectacle, le plus important est l’opposition de l'amour avec la mort. L'amour n'a pas l'air de fonctionner quand il est associé au mariage. Le premier et le deuxième mariage de Mélisande finissent mal tous les deux. L'amour est possible mais seulement dans le malheur et la mort. La mort est là en permanence, c'est l'intruse cachée derrière la porte mais qui se dévoile dans les odeurs, dans les lieux sombres,...
Il y a aussi le thème de la destinée. Mélisande est écrasée par le destin. Au début, elle a réussi à le fuir mais pas la deuxième fois. A la fin, nous savons que sa fille aura la même destinée. La porte a un lien avec ce thème car elle veut empêcher sa destinée de se produire. Elle a du mal à s'ouvrir et pourtant elle donne l'impression qu'elle est simple à fermer. Il y a aussi le fait que la robe de Mélisande s'accroche à la porte un bon moment avant qu'elle puisse rejoindre Pelléas.


Les symboles.

Comme je l'ai dit précédemment, Maeterlinck était inspiré par le symbolisme. Voici ceux qui sont exprimés dans la pièce :

Le symbole de l'eau : Allemonde est entouré par la mer, Mélisande et Golaud se rencontre près d'un point d'eau, l'anneau tombe dans une fontaine, Pelléas et Mélisande pleurent,... L'eau est le symbole de la vie (fontaine des aveugles, eau claire) et aussi celui de la mort (l'eau des souterrains, sombre).

Le symbole du cercle : C'est l'idée du cycle, au début, le soleil se lève, les servantes sont à la porte et veulent l'ouvrir, Golaud chasse dans la forêt. A la fin, le soleil se couche, les servantes sont entrées et ont ouvert la porte, Golaud a tué son frère et a « chassé » sa femme dans la forêt. Il y a aussi ce qui est en forme de cercle comme la couronne, la bague et la balle de Yniold.

Le symbole de l'or : L'or disparaît, coule, il est idéal et d'une valeur absolue, il se noie. Il est donc toujours difficile à atteindre. C'est la difficulté d'accéder à l'idéal. A un moment donné Yniold veut prendre sa balle en or mais il n'y arrive pas car elle est en dessous de pierres trop lourdes.

Le symbole de la clarté : Nous avons pu remarquer que les lieux étaient souvent sombres. Les personnages ont du mal à voir et cherchent sans cesse la lumière. Cette lumière représente la vérité et l'ombre, ce que nous ne savons pas.

Il y a aussi les cheveux de Mélisande qui sont or et eau à la fois. Pelléas les confond avec la lumière et l'or ensuite il se laisse inonder par cette chevelure, elle tombe sur lui comme de l’eau. C'est le lien qui se crée entre Pelléas et Mélisande.

lundi 3 décembre 2012

Si tu passes la rivière (par Doriana Turco)


Si tu passes la rivière de Geneviève Damas

L'action

Si tu passes la rivière, François, gare à toi ! Voilà comment débute l'histoire, celle de François Sorrente, un jeune garçon de dix-sept ans s'occupant des cochons de la ferme de son père tyrannique. Il nous raconte la période de sa vie dans laquelle il se pose énormément de questions sur la rivière que Maryse, sa sœur, a traversée pour ne jamais en revenir et puis aussi, il se demande qui est sa mère. Ces questions, il devra y répondre par lui-même car ce n'est pas son père ni ses frères qui l'aideront. C'est grâce, entre autres, au curé Roger et surtout grâce à l'apprentissage de la lecture qu'il va lui enseigner que François va évoluer, grandir, trouver des réponses et surtout pouvoir trouver les mots. Car avant, il n'avait pas beaucoup de vocabulaire, lorsque sa sœur adorée est partie et qu'on a tué son ami Oscar devant lui, il ne savait pas quoi dire car rien ne sortait mais maintenant les mots sont ses amis et ils sortent tout seuls. Maintenant il peut lire et découvrir, il peut se faire des amis qui l'aideront, avec chacun leur caractère attachant. Il pourra sans aucun doute trouver les réponses parfois très surprenantes...

Le message

La lecture, c'est ce qui va permettre à notre héros de mûrir au fil des lignes et de savoir enfin qui il est vraiment. Car sans cette compétence, que nous comprenons essentielle à la vie, François serait resté un « fada ». Lui-même a compris qu'il devait l'apprendre pour pouvoir résoudre ces problèmes. Nous constatons dans le livre que savoir lire et s'enrichir en vocabulaire nous permet beaucoup de choses. Par exemple, après avoir appris quelques nouveaux mots dans les lectures de Roger et appris les consonnes et les voyelles, François se fait de nouveaux amis, les mots lui viennent d'eux-mêmes, il est heureux et ouvert, le silence ne lui fait plus peur car il sait qu'il peut le briser. Il change complètement sans s'en rendre compte tout de suite mais plus tard il devine qu'il est quelqu'un d'autre.

Mon avis:

Dès la première page, nous sommes confrontés à l'interdiction du père envers François. Nous plongeons immédiatement dans le bain du récit. Nous voyons le père strict et la vie dure de la ferme et pourtant, à notre petit François, tout ça ne lui fait pas peur. C'est pour ça que je me suis vite attachée à lui et en plus lui, il a du vent dans la caboche comme il le dit lui-même. C'est un garçon que je veux suivre et aider. Je l'ai même pris pour ami.
La lecture de cet ouvrage est tellement simple que nous pourrions le dévorer d'une seule traite. L'usage du langage familier rend le livre agréable à lire car c'est facile à comprendre, il ne faut pas se creuser la tête et s'arrêter en pleine action pour saisir l'auteur.
Les personnages secondaires ne sont pas nombreux et ça aussi c'est un point fort. Geneviève Damas leur a donné à chacun une personnalité différente qui nous donne aussi l'envie de les connaître.
Parlons aussi des descriptions si légères mais tellement axées sur des petits détails. Je ne m'en suis pas plainte puisque premièrement c'est François qui les exprimait par ce qu'il voyait évidemment mais aussi et surtout par les odeurs et les goûts. Il utilisait tous ses sens. C'était plutôt inattendu pour moi. Deuxièmement, elles ne prennent pas une place importante dans ce roman.
Et, cerise sur le gâteau, la fin est juste très ingénieuse selon moi, vu qu'après avoir lu le livre et encore maintenant je pense à François et je me demande ce qu'il a trouvé de l'autre côté, s'il va bien etc. Comme Geneviève Damas l'a dit, l'imaginaire peut être aussi réel qu'on le souhaite quand nous y pensons et que nous lui donnons de la valeur.                                                                                                                                                                                                                      

vendredi 30 novembre 2012

Le voyage de Luca (par Chiara Schifano)


Le voyage de Luca est un roman de Jean-Luc Outers, publié en 2008 par les éditions Actes Sud.

L’histoire 

Quand Marian et Julie apprirent la bonne nouvelle, l’arrivée d’un bébé, ils eurent une idée folle : quitter la Belgique ou plus précisément Bruxelles pour faire le tour de l’Amérique.
Quelques mois après la naissance du petit Luca, ils décidèrent de commencer l’aventure.
Ils commencèrent par New York où Jessica et Ralph, amis de leurs amis belges Marc et Lucie, leur prêtèrent gentiment leur appartement.
Arrivé à New York, Marian décida de racheter à un vieux monsieur sa camionnette pour partir vers de nouveaux horizons.
Ils quittèrent New York pour le reste de l’Amérique, et le voyage commença vraiment.
Après New York, ce furent d’autres lieux, comme le Texas où ils adoptèrent Yesterday, une chienne abandonnée, ou bien le Mexique où ils rencontrèrent Alberto et Victoria, cultivateurs de café, qui les hébergèrent quelques jours, ou encore Mexico où Julie apprit qu’elle était de nouveau enceinte, Tuxtepec où ils rencontrèrent Augusto un mécanicien qui les aida lors d’un caprice de la camionnette, Oaxaca qui leur plaisait particulièrement, Acapulco, le Colorado, Las Vegas où Luca vit pour la première fois un cirque, Los Angeles, San Francisco où ils firent la rencontre d’une famille, voisine de leur amis Nadine et Georges, les Drumon qui ne les appréciaient pas, Victoria, Vancouver où une terrible nouvelle les frappa, la fausse couche de Julie, Montréal où ils restèrent avec Gérard et Pauline, amis des parents de Marian et où l’aventure prit fin.
Lors de ce tour de l’Amérique il y eut beaucoup de rencontres, des bonnes et mauvaises nouvelles ainsi que des séparations mais ce fut un voyage d’apprentissage pour Luca qui, à chaque nouveau lieu, rencontra des choses nouvelles comme les animaux, les moyens de transport, le cirque, les langues, la mer, les océans, la nage, la marche, les étoiles, les surfeurs et bien d’autres.
Quelques années plus tard, Luca fut frappé d’un mal qui ne lui donna plus goût à la vie mais après l’aide de la thérapeute familiale l’histoire va se répéter.

Mon avis 

Ce fut un livre agréable à lire, car l’histoire est originale et fait rêver malgré les petites mésaventures.
Ce qui est assez plaisant, c’est que l’histoire est racontée par Marian à la thérapeute familiale, ce qui donne l’impression de deux histoires parallèles.
Les personnages sont attachants et on peut s’identifier à eux, ils ont des problèmes, des disputes, comme tout le monde ; ils ne sont pas très spéciaux mais font quelque chose d’original, le tour de l’Amérique. Ça nous montre que même sans être quelqu’un de particulier, on peut faire des choses folles.
Ce qui m’a plu surtout, c’est le cadre de l’histoire, le fait que ça se passe en Amérique, en Belgique et en 1980.
La fin est surprenante : on ne s’attend pas à ce que Luca refasse un tour de l’Amérique et surtout pas que Marian et Julie recommencent avec le petit Jack comme avec Luca.
L’écriture est accessible à tous, ce qui permet aux lecteurs de n’importe quel âge de lire le livre qui est particulièrement intéressant.

L’interview de l’auteur 

Après avoir lu ce livre de Jean Luc Outers, Le Voyage De Luca, j’ai eu envie de lui poser quelques questions à propos de son livre mais aussi sur le métier d’écrivain pour pouvoir en savoir beaucoup plus sur le domaine de l’écriture.
Voici mes questions ainsi que ses réponses. 

Q1. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de devenir écrivain ?
R. : J’ai toujours écrit depuis l’adolescence, des notes, poèmes, petits textes. Écrire, ça ne s’apprend pas. Et puis un jour ce que j’étais en train d’écrire s’est prolongé et j’ai eu envie de continuer, c’est devenu, presque par surprise, L’ordre du jour, mon premier roman. Il faut dire que l’idée d’écrire un livre me trottait dans la tête, j’avais le sentiment qu’il fallait que j’en écrive un pour exister par rapport à mon père qui écrivait lui aussi et était un grand manipulateur de la langue française.

Q2. Dans ce roman, l’histoire se passe principalement en Amérique. Avez-vous déjà visité cet immense pays ?
R : Ce voyage en Amérique, nous l’avons réellement fait en 1981 mais avec deux enfants (un et cinq ans). Comme je voulais écrire un roman sur la paternité, je n’en ai gardé qu’un (d’enfant) pour le roman. Pour le reste, je n’ai à peu près rien inventé. C’était une autre époque et nous étions inconscients.

Q3. D’après vous, quelles sont les principales difficultés pour écrire un roman ? Grâce à quelles qualités peut-on les surmonter ?
R : Pour écrire un roman, le plus dur, c’est la distance. Comme j’écris sans plan, sans idée même de ce que je vais raconter, il faut donc que je m’accroche pour arriver au bout, un peu comme lorsqu’on traverse un désert. On finit toujours par arriver de l’autre côté mais il faut un peu de discipline dans le travail. Personnellement je m’isole comme je le fais maintenant où j’écris à Bordeaux. Pour vous éclairer, je vous envoie un petit texte écrit à la demande de La Libre sur le thème : écrire aujourd’hui.

Voici ce texte aimablement offert par Jean-Luc Outers :

Être écrivain aujourd’hui, c’est ouvrir sa fenêtre et écouter les bruits de la rue, le souffle du vent, le sifflement du train et le hululement de la chouette, c’est saisir une conversation dans un tram et y voir le commencement d’une histoire, c’est croire à la magie des mots pour dire le bruit de la neige sous les pas, c’est regarder la mer et donner un nom à ses couleurs changeantes, c’est marcher sur un trottoir, puis s’arrêter bouleversé par une fleur de ballast, c’est s’émouvoir à la vue d’un bébé mimant la langue sur les lèvres de sa mère ou d’un vieillard aphasique ouvrant la bouche pour rabâcher une histoire ancienne, c’est laisser affleurer à la mémoire ce que l’on pensait oublié, c’est faire entendre l’origine, c’est, dès le réveil, respirer à travers chaque mot qui surgit, c’est nommer les choses et, ce faisant, se relier au monde, c’est trouver le bonheur dans une simple notation sur un carnet sorti de sa poche, c’est ouvrir le dictionnaire et aller à la cueillette puis, en le refermant, inventer un mot qui peut-être s’y trouvera un jour, et le taquiner en l’envoyant à la fin de la phrase voir si on y est, c’est transformer par le langage le réel en imaginaire, les humains en personnages, les bureaux en labyrinthes, les habitations en maisons hantées, c’est faire parler les morts, les animaux et les pierres, c’est, comme les enfants, se raconter des histoires avant même de savoir ce que peut bien être une histoire, c’est chercher l’éclaircie dans l’obscurité, c’est ériger les mots contre la brutalité du monde et les envoyer en pleine poire des tyrans et des ploucs, qui, de toute façon, ne les liront pas, faute de temps, se désoleront-ils, rivés à leur poste de télévision, c’est être terrifié par l’innommable, c’est s’éloigner, prendre du recul, s’échouer loin de soi, s’immerger dans la solitude du silence et dire ce que le langage oral ne peut pas dire, c’est ne rien savoir de ce qu’on va écrire et se laisser porter par les mots comme on se laisse soulever par le vent, c’est, comme dit le philosophe, se croire arrivé au port et se trouver rejeté en pleine mer, c’est découvrir quelque chose qui n’était pas là avant et s’éblouir de l’à peine écrit sous l’encre qui sèche, c’est se faire à l’idée que cette partie de soi qui écrit est peut-être un autre, bref, c’est être deux, une fois pour toutes, l’écrivain et le premier lecteur, ébahi qu’il se soit trouvé quelqu’un pour écrire ça, ou enfin, comme dit l’ami Pirotte, « sonner à sa propre porte avec l’idée que quelqu’un va nous ouvrir ».